Le « harcèlement » de l’orientation et le droit à l’erreur

Comme tous les ans depuis huit ans, la Fondation Pfizer a organisé un important travail sur une thématique liée à la santé des enfants et des adolescents. Le Forum 2012, qui s’est tenu mercredi 04 avril, était consacré aux questions de transmission.

Bien que les questions d’orientation et d’insertion professionnelle n’étaient pas au cœur du sujet, de nombreux lycéens participants ont pointé des enjeux en lien avec ces questions.

Les deux éléments qui nous ont paru les plus précis et prégnants dans les témoignages renvoyaient à ce qui nous apparaît comme les deux faces d’une même pièce. En effet, plusieurs témoignages sont venus décrire la manière dont l’exigence de choix d’orientation toujours plus précoces et toujours plus importants est perçue comme une forme de « harcèlement ». L’autre versant de cette « pièce » consiste dans l’absence de droit à l’erreur qui est fortement ressentie par ces mêmes lycéens.

Ils ne demandent pas un droit à faire n’importe quoi, mais un droit au tâtonnement, aux essais et aux erreurs. Ceci non pas en l’absence complète de la présence adulte (parents ou éducateurs), mais dans une présence qui ne doit pas prétendre proposer le seul chemin possible, mais accompagner sur un chemin personnel.

Cette situation a également été mise en rapport avec ce qui apparaît comme une très forte angoisse des adultes, et en premier lieu des parents, qui vivent et se projettent dans un monde en crises. Et ces adultes, qui ressentent une perte au moins partielle de maîtrise individuelle et collective de leur destin, ne peuvent aborder la question de l’avenir de leurs enfants sans la subordonner à ces lourdes difficultés anticipées.

Ce faisant, alors que les adolescents sont en attente d’un renforcement de leur confiance en eux, les adultes leur parlent essentiellement de l’effort. Alors que les adolescents voudraient pouvoir se construire en expérimentant, les adultes leur renvoient une contrainte de « risque zéro ».

Les adultes, les éducateurs, les accompagnateurs, peuvent-ils encore avoir une confiance minimale en (leur ?) l’avenir, à même de leur permettre de laisser les adolescents et jeunes adultes s’y projeter avec envie, enthousiasme, et en leur laissant prendre quelques risques ?

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Magazine Épicure « Oedipe – Orientation & Insertion professionnelle des étudiants » – n°20

Le vingtième numéro du magazine « Épicure Œdipe – Orientation & insertion professionnelle des étudiants », de notre partenaire les Éditions Épicure est paru.

Diffusé à 100.000 exemplaires auprès des étudiants, ce numéro du printemps 2012 est fortement axé sur les stages.

Recherche de stage à l’étranger, rédaction et soutenance du rapport de stage, sont parmi les dossiers de ce numéro qui est téléchargeable.

Comme c’est maintenant le cas depuis plus d’un an, Interfaces Compétences est associée à ce magazine en y publiant une page ou une double page de « Conseils Pass-Pro« . En cette période de l’année, nous proposons des conseils pour les étudiants en urgence dans leur recherche de stage.

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Penser les stages

Le RESTAG (Réseau d’Étude des STAges et de leur Gouvernance), organisait vendredi 23 mars, à l’école des Ponts ParisTech, une journée d’études autour de la question « Qu’est-ce qu’un « bon » stage ? ».

Dans l’esprit de « recherche / action » qui est celui du RESTAG, cette journée associait des universitaires, des employeurs, des étudiants, et divers intervenants dans le domaine des stages. Ceci permet de croiser des approches parfois différentes, et de se confronter aux enjeux de mise en cohérence des ces approches.

Ainsi les attentes des établissements, des étudiants et des employeurs sont apparues parfois « autonomes » les unes des autres, parfois « contradictoires », et parfois assez spontanément en phase.

Les questions d’encadrement, de la dimension pédagogique d’un stage, du bon niveau d’exigence d’une structure d’accueil à l’égard d’un stagiaire, de la durée du stage, de son indemnisation, du développement des compétences, du lien entre stage et orientation et insertion, etc., ont, entre autre, été abordées.

Le « droit à l’erreur »

Nous avons été heureux de voir abordée la question du « droit à l’erreur », qui a été présenté comme pouvant être une des clefs pour qu’un stage soit un « bon » stage. Ceci a notamment été « demandé » par des représentants étudiants. En effet, il apparaît légitime que des étudiants stagiaires ne soient pas évalués selon les mêmes critères que des salariés.

Ceci étant, cette demande d’un « droit à l’erreur » nous semble contredite par une autre attente forte de plusieurs organisations étudiantes (participantes ou non à cette journée d’études), qui est la volonté de toujours plus encadrer les stages en les liant toujours plus fortement à la maquette d’un diplôme. (Nous avons déjà plusieurs fois abordé cette problématique dans nos notes sur la question de la législation sur les stages et sur les stages volontaires. Voir notamment ici, ici, ici).

En effet, en voulant que tout stage fasse l’objet d’une évaluation et d’une validation universitaire, les organisations étudiantes redoublent le non droit à l’erreur. Or, comme nous avons eu l’occasion de le montrer et de l’analyser dans nos expériences sur les stages volontaires, il nous semble que des stages « hors cursus » (et non pas « post cursus »), sont des occasions rêvées pour une prise de risque, un droit à l’expérimentation et donc potentiellement à l’erreur, que ne peuvent permettre les stages obligatoires. (Ceci ne voulant pas dire pour autant que les stages facultatifs, volontaires, devraient rester sans analyse ni bilan, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui. Mais cette évaluation ne devrait pas ressortir de la même approche que l’évaluation classique d’un stage obligatoire).

Les dimensions non pédagogiques des stages

Les tensions entre les attentes des établissements, des étudiants et des structures d’accueil, portent notamment sur la dimension pédagogique des stages. Il est donc bien normal qu’une part importante des échanges se soit focalisée sur cet enjeu.

Ceci étant, il est surprenant que la dimension que nous pourrions dire « professionnalisante » ait été un peu diluée. Certains aspects de cette dimension se sont bien retrouvés dans les échanges (question de l’encadrement, la découverte d’un métier, de l’entreprise, aider à trouver un travail futur, etc.). Mais rien n’a été dit sur les conditions de possibilité de tout cela. Alors que la question de l’aspect pédagogique d’un stage a entraîné des échanges sur les voies et moyens pour réaliser cet objectif, les échanges n’ont pas pris à bras le corps les conditions d’atteinte des objectifs liés à la professionnalisation.

Comment les étudiants devraient-ils être préparés à leur intégration dans une structure d’accueil pour un stage ? Comment vraiment découvrir le fonctionnement d’une organisation à l’occasion d’un stage ? Comment réellement découvrir des métiers ? Comment réellement développer son réseau professionnel ? Etc. Et ainsi, comment réellement faire du stage un tremplin vers l’emploi ?

Il nous semble que ces aspects du stage sont également souvent mal perçus. Il est donc probable que dans son travail visant à « penser les stages », le RESTAG sera amené à les aborder également dans de prochaines études.

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L’Agenda de la dernière année d’études

Les trois derniers mois, pendant lesquels nous avons été avares de notes sur ce site, n’ont pas été des mois « sabbatiques ». De nouvelles publications et une refonte prochaine de ce site en apporteront l’illustration.

Aujourd’hui, toute l’équipe d’Interfaces Compétences est heureuse de vous présenter la première édition de l’Agenda de la dernière année d’études, l’Agenda « Je pass-pro », que  nous avons réalisé en partenariat avec les Éditions Épicure. Pour cette première édition 2012 nous avons pu travailler avec les universités de Limoges et Paris 8.

Agenda complet, proposant un semainier par double page, il propose également dix fiches thématiques qui ont été conçues autour de préoccupations que peuvent avoir tout au long de leur dernière année d’études des étudiants de M2 et de L3 pro notamment. Ces fiches proposent alors aux étudiants des informations, conseils et exercices qui visent à préparer et engager leur recherche d’un premier emploi avant la fin de cette même dernière année d’études.

Ayant eu des échanges sur ce projet avec d’autres universités, et suite aux retours des premières universités partenaires, nous allons proposer aux universités qui pourraient en être intéressées, une deuxième édition dès le mois de septembre prochain, avec un agenda 16 mois, allant de septembre 2012 à décembre 2013, de manière à couvrir toute l’année universitaire, ainsi que la phase de transition entre étudiant et jeune diplômé en recherche d’emploi (comme le fait l’agenda 2012).

Si vous êtes intéressé par cet outil pour vos étudiants, nous pouvons vous adresser un exemplaire de l’agenda sur simple demande.

 

 

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10 ans / Les discussions du Cahier

À l’occasion des 10 ans de l’association Interfaces Compétences (qui prolonge notre projet étudiant plus ancien de quelques années), nous avons souhaité engager une démarche d’approfondissement de notre travail d’analyse et de mutualisation sur les enjeux et pratiques en matière d’anticipation et d’accompagnement de la première transition professionnelle des étudiants et jeunes diplômés.

Dans une démarche préparatoire à l’édition des « Cahiers » d’Interfaces Compétences, nous avons ainsi tenu deux journées de travail et d’échanges avec des responsables et membres de SCUIO-IP et BAIP, des employeurs, des intermédiaires de l’emploi, des représentants de collectivités publiques porteuses de politiques liées à ces questions.

Ces journées des 09 et 16 décembre 2011, nous ont également permis de tester une préfiguration des « Cahiers », à travers l’édition d’un Livret préparatoire à ces échanges.

 

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Enquête AFIJ / Interfaces Compétences : 1 jeune diplômé sur 5 connait une rupture de contrat de travail durant sa 1ère année de vie active

L’AFIJ et Interfaces Compétences ont réalisé, en septembre 2011, une enquête auprès des jeunes diplômés ayant bénéficié de leurs services en 2010 portant sur le maintien dans le premier emploi. 1 263 jeunes ont répondu à ce questionnaire et ont fait part de leurs difficultés dans leur intégration professionnelle. En voici les premiers résultats.

26% des contrats signés par ces jeunes ont été rompus de manière « subie » et « décidée ».

Sur l’ensemble de ces jeunes, un jeune sur 5 (19%) a connu une rupture d’un contrat en alternance ou d’emploi, soit de son fait, soit décidé par l’entreprise.

Ce qui signifie que certains jeunes ont connu plusieurs situations de ruptures.

Parmi les raisons invoquées par le jeune comme cause d’une rupture qu’il a décidé lui-même, arrive en tête l’obtention d’un autre emploi ou la réussite à un concours de la Fonction Publique (33% des cas).

Viennent ensuite des raisons liées au poste (28%) comme :

  • Une mauvaise compréhension du poste (12%),
  • une charge de travail trop importante (7%),
  • la nature de l’activité de l’entreprise (9%).

Puis, la rupture peut être liée à des problèmes relationnels (15%) comme « un désaccord avec un supérieur » (12%) ou une « mésentente avec ses collègues » (3%).

Viennent ensuite l’évocation de problèmes personnels (5%).

Parmi les autres les motifs invoqués on retrouve : la reprise d’étude, la création d’entreprise, l’éloignement géographique, les accidents du travail, les mauvaises conditions de travail et la rémunération (des jeunes se plaignent de n’avoir perçu aucune rémunération lors de leurs premiers mois d’emploi et ont donc été contraints de quitter leurs postes !).

Dans le cas d’une rupture à l’initiative de l’employeur (dont 59% interviennent durant la période d’essai), le jeune témoigne des raisons évoquées par l’employeur :

  • des reproches portent sur le travail dans 27% des cas : une absence de compétence pour le poste (19%), une motivation insuffisante (5%), une non-observation des directives (2%), un manque de sérieux (1%) ou des problèmes de comportement (1%).
  • Des problèmes relationnels (15%) avec le supérieur (14%) ou avec les collègues (1%)

Dans la majorité des cas (58%), aucune cause précise n’a été évoquée par l’employeur.

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Les diversités étudiantes

Nous commençons avec cette note une lecture du récent ouvrage Les étudiants en quête d’université  d’Aziz JELLAB, Sociologue, professeur des universités à Lille 3, directeur du Centre de Recherche, Individus, Épreuves, Sociétés.

Ce livre propose une approche très large de la « socialisation étudiante », des différents rapports des étudiants, dans leur diversité, à l’université (elle aussi dans sa diversité). Ces analyses proposent une description détaillée des évolutions institutionnelles, sociologiques, culturelles, à l’œuvre depuis plusieurs dizaines d’années dans l’université. Elles offrent ainsi des présentations fines de la diversité des étudiants, de leurs attentes, de leurs motivations, des sources de leurs difficultés ou facilités, de la diversité de leurs rapports à l’université, au savoir, à leur projet d’avenir, etc.

Une telle étude ne peut que nous aider à améliorer d’une part notre propre diagnostic, mais aussi nos démarches et actions avec et pour les étudiants et jeunes diplômés.

Pour cette première note nous nous permettons de saisir au vol quelques fragments de descriptions et d’analyses.

P6. « (…) la diversité des publics en formation, les différences entre les filières (entendues en termes de savoirs enseignés et de ce qu’ils induisent comme effets selon le degré de proximité ou de distance avec les savoirs plus ou moins maîtrisés, plus ou moins inédits, eu égard aux disciplines enseignées au lycée) et l’hétérogénéité des pratiques pédagogiques laissent augurer des différences dans le rapport aux études et aux savoirs chez les étudiants. (…)

Les enseignements issus de notre recherche nous amènent à considérer que c’est surtout dans le lien entre la socialisation à la vie universitaire, le projet d’étudier et d’apprendre et le projet professionnel que prend forme la diversité des manières de s’affilier à l’université. »

P20. « L’expansion des effectifs étudiants – avec quelques baisses selon les périodes – conjuguée à la diversification des filières donnent de l’université une image largement éloignée de ce qu’elle fut avec les héritiers. Le contraste entre les étudiants scolarisés dans des formations universitaires élitistes, pour lesquels la culture légitime et désintéressée apparaissait comme une manière de vivre, et qui étaient peu soucieux de finalités utilitaires de la formation, et les étudiants actuels, dont une part non négligeable s’inscrit à l’université à défaut d’avoir été accepté dans des filières sélectives, indique à lui seul la transformation profonde qu’a connue le système universitaire depuis quatre décennies. »

Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer une démarche consistant à essayer d’amener des étudiants à aborder la question de leur insertion professionnelle comme un sujet d’étude, de réflexion, d’analyse, au même titre que des sujets qu’ils travaillent dans le cadre de leur formation universitaire. Ceci afin d’une part de leur permettre de contextualiser leur situation personnelle, et donc de mieux la comprendre et d’acquérir des repères utiles pour leurs prises de décision. Mais aussi d’autre part afin de les inviter à faire un lien entre cette contrainte de projection dans un avenir professionnel, et des comportements, compétences, modes de pensée, qu’ils acquièrent et développent dans le cadre de leur parcours universitaire. Cette proposition de démarche s’appuie sur ce que nous nous figurons être leur rapport aux savoirs qu’ils travaillent dans le cadre de leurs études universitaires. Or, ces remarques de l’auteur doivent attirer notre attention sur les évolutions et la diversité des rapports aux savoirs et à leurs études universitaires de la part des étudiants.

Cela signifie-t-il que nous devons renoncer à une telle démarche ? Cela signifie-t-il qu’elle ne peut concerner qu’une fraction des étudiants ? Cela signifie-t-il que nous pourrions contribuer (modestement), à l’illustration de l’intérêt d’un certain rapport aux savoirs à travers l’exemple de la problématique personnelle de son propre rapport au marché du travail, au projet professionnel, etc. ? Une méthode (parmi d’autre), de travail de son projet professionnel, pourrait-elle viser également à réduire l’écart qu’il y a parfois entre les représentations et comportements attachés à la projection vers l’emploi d’une part, et ceux attachés au « métier d’étudiant de l’université » d’autre part ?

P28. « La population étudiante a largement évolué depuis plus de quatre décennies : cette évolution procède de la massification qui, sous l’effet des politiques scolaires, amène de nouveaux publics – notamment des bacheliers des séries technologiques et dans une moindre mesure des bacheliers professionnels – tout en durcissant les conditions d’entrée dans les filières sélectives (CPGE, STS, IUT), ce qui conduit à déléguer à l’université l’accueil d’étudiants ayant un niveau scolaire « moyen », voire « faible ».

Le processus de scolarisation de masse, entamé dès la fin des années 50, a conduit à une élévation du nombre de bacheliers. (…) Du milieu des années 80 au milieu des années 90, le développement des baccalauréats technologiques et des baccalauréats professionnels amène à l’enseignement supérieur une « nouvelle jeunesse », peu socialisée aux codes et aux normes de cet ordre scolaire. Le projet politique assignant à l’école de conduire 80% d’une classe d’âge au baccalauréat marque un nouvel élan : d’un peu plus de 300.000 étudiants en 1960, leur nombre passe à 2.280.000 en 2005. Cela a favorisé une demande sociale de scolarisation, notamment dans les milieux populaires, et une socialisation des jeunes issus de ces milieux à d’autres mondes sociaux, ceux qui étaient jusque-là l’apanage des étudiants issus des classes bourgeoises et moyennes. »

Ces remarques peuvent nous conduire à nous interroger sur le rapport de ces évolutions avec les évolutions de la jeunesse en général, de ses modes de socialisation, et ce que nous avons déjà croisé comme problématiques transgénérationnelles et d’interculturalité quant à l’intégration des jeunes diplômés dans les organisations professionnelles. En effet, si nous remontons le film de cette évolution, nous devinons une situation précédente dans laquelle les « différentes » jeunesses se côtoyaient beaucoup moins, et se socialisaient séparément, dans un environnement probablement plus proche de celui de leurs parents et adultes de référence. La massification scolaire a probablement conduit à un « brassage » des jeunesses, qui se trouvent alors à devoir négocier entre elles leurs modes de socialisation, leurs comportements, leurs valeurs, alors que les adultes n’ont probablement pas eu à vivre, dans le même temps, les mêmes décloisonnements de leur société.

Par ailleurs, ce mélange des jeunesses a probablement eu des effets sur la manière de vivre la « compétition » scolaire. Elle s’effectue dès lors entre des enfants et adolescents fréquentant les mêmes lieux de scolarisation. Et c’est à partir d’un vécu commun de plus en plus long que la sélection se réopère. Il est intuitivement tentant de pense que cela peut développer des concurrences, des pressions psychologiques et des violences psychologiques nouvelles. Lorsque nous lisons par ailleurs des analyses sur la pression scolaire, sur la dévalorisation de soi à laquelle conduit l’échec scolaire, nous pressentons des liens avec ces descriptions.

P40. « Il n’existe pas d’étudiant moyen : « L’une des premières conclusions qui s’est dégagée des enquêtes de l’Observatoire de la vie étudiante est qu’il n’existe pas d’étudiant moyen. Le monde étudiant est trop différencié pour être résumé par des indicateurs tels qu’un horaire de travail moyen, u budget moyen, etc. » (Grignon, Gruel, 2002, p. 8). Cela tient à la diversité des expériences, des modes d’être aux études, des filières, des modalités de sélection, du travail universitaire… Et au sein d’une même filière, les pratiques étudiantes, le rapport aux études, les manières d’apprendre, de se mobiliser sur les savoirs, couvrent une forte hétérogénéité. ».

Ces remarques nous confrontent à la nécessité de personnaliser les approches, les accompagnements, d’ouvrir les dispositifs à des demandes spécifiques. Nous avons déjà, là aussi, croisé de tels objectifs, mais ces descriptions nous confirment cette nécessité.

P48. « De nombreux IUT, désormais composante de l’université, ont développé des modules de formation censé amener chaque élève ou étudiant à effectuer des choix éclairés. Pourtant, une enquête menée par Stéphanie Tralongo au sein d’un IUT de l’académie de Lyon met en évidence que ces modules, bien que censés socialiser des étudiants aux valeurs de l’entreprise, restent fondamentalement marqués par la « forme scolaire », par des démarches dans lesquelles prédominent l’écriture et les manières d’être et de parler légitimée par l’école. »

Cette remarque nous conforte dans l’idée que les BAIP et autres structures, dispositifs et démarches visant à accompagner la professionnalisation des étudiants, doivent être des lieux, dispositifs et démarches hybrides, en ceci qu’ils doivent en eux-mêmes porter et faire dialoguer la double culture universitaire / professionnelle.

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La JCEF s’interroge sur les stages

La Jeune Chambre Économique Française, à l’occasion de son congrès annuel, qui se tenait à Lyon les 10, 11 et 12 novembre, avait notamment mis la question des stages à l’ordre du jour de ses débats. Interfaces Compétences avait été invité, aux côtés d’un représentant de la JCEF ayant mis en place l’action des Training Job Café (opération de rencontre entre étudiants et employeurs), et d’un représentant de la société Manpower, pour partager ses expériences et analyses sur le sujet. Avant d’aborder le fond de cette discussion, nous nous permettons juste de souligner le dynamisme que nous avons pu mieux mesurer en assistant à une partie de ce Congrès de la JCEF. Et en plus de son dynamisme, cette organisation nous est apparue comme assez unique quant à la diversité des profils de personnes qu’elle réunie et fait travailler ensemble. Il nous arrive régulièrement de prendre part à des débats, rencontres, et autres colloques. Il est rare d’avoir une telle diversité de parcours de vie, de professions, de parcours de formation ainsi réunis. Ceci apporte une richesse particulière aux échanges.

Quelques points de passage de la discussion

Parmi les points de passage de la discussion, nous relèverons notamment la question de l’obligation des stages dans les cursus, de l’adéquation des formations et des emplois, du « maquis » des structures intermédiaires de l’emploi et de la nécessité de former les jeunes à une approche directe des employeurs, des difficultés des non diplômés et des « trop » diplômés, des relations entre enseignants et employeurs.

Notre slalom dans cette discussion…

Nous avons fait part dans la discussion de l’intérêt que nous voyons à la pratique des stages volontaires, notamment du fait qu’ils ne participent pas à la validation du diplôme et qu’ainsi ils apportent un espace d’expérimentation en ne faisant pas peser le risque de la notation sur cette expérience. Cet intérêt pour les stages volontaires ne signifie pas à l’inverse une critique sous-jacente pour les stages obligatoires. Cependant, la généralisation des stages à toutes les formations nous semble poser des questions auxquelles il n’a pas encore été totalement répondu.

Un temps, la discussion s’est arrêtée sur l’insoluble difficulté de l’adéquation entre formation et emploi. Précisément, sur ce point il nous semble que l’idée directrice de cette attente est irréalisable. Les employeurs eux-mêmes sont bien en peine de prévoir et quantitativement et qualitativement leurs besoins en emplois futurs à quelques années. Il nous a été utilement fait la remarque que cette « impossibilité » était à nuancer selon les types d’emploi. Ceci étant, cette difficulté se couple au délais nécessaire à la mise en place d’une formation, ce qui allonge d’autant la visibilité qu’il faudrait aux employeurs quant à leurs besoins futurs. Sur ce point, cela nous a permis de faire le lien avec les questions sur les relations enseignants / employeurs. En effet, même si l’adéquation formation / métier est un idéal illusoire, cela ne signifie pas qu’il faudrait abandonner tout progrès en la matière. Ainsi, organiser plus systématiquement des rencontres, des échanges, un travail de suivi sur la durée, entre enseignants et employeurs pourraient contribuer à un meilleur « ajustement » des formations, pour autant que cela soit possible. Ceci étant, il n’en restera probablement pas moins que même en optimisant cet ajustement, des temps « hybrides » comme les stages, les contrats de professionnalisation, ou autres expériences à la croisée de la formation et de l’expérience professionnelle seront toujours plus nécessaires, du fait de la massification et de la diversification de l’enseignement supérieur d’une part, et de l’évolution et du rythme de cette même évolution des métiers.

S’agissant du « maquis » des intermédiaires de l’emploi, il nous semble que cette situation peut au moins partiellement s’expliquer par les remarques précédentes sur les évolutions croisées des formations, des diplômés, et des métiers. Ceci étant, le risque semble pouvoir parfois exister d’une confusion renforcée du fait d’une répartition des rôles potentiellement redondante entre structures. Ceci étant dit, notre expérience d’un travail d’approche directe des employeurs pour engager un travail de recensement et d’analyses de besoins dormants pouvant donner lieu pour certains à des projets de stages étudiants, nous a fait nous poser la question du transfert de ce savoir faire aux étudiants eux-mêmes. Dans nos interventions auprès de certains groupes d’étudiants nous avons ainsi essayé d’insuffler des démarches « mutualisées » de recherches d’entretiens métiers, visant également à faire émerger des projets de stages. Nos premiers essais sont très encourageants. Aussi nous nous retrouvons assez bien dans l’idée que les accompagnements doivent également outiller les étudiants et jeunes diplômés pour qu’ils réalisent par eux-mêmes des démarches d’approches directes des employeurs.

Enfin, les difficultés des non diplômés d’une part et des « trop » diplômés d’autre part. Sur ce point nous voyons les effets des évolutions du marché du travail, de la massification de l’accès à l’enseignement supérieur, et peut-être la persistance d’une caractéristique à débattre de notre système de formation. Nous avons déjà eu l’occasion dans de précédentes notes de faire état de l’accroissement très important du taux de chômage, cinq ans après la sortie de formation, entre les jeunes non diplômés et ceux titulaire d’une formation d’un niveau Bac+2 ou plus. L’écart des taux de chômage étant passé entre 1970 et 2010 de 10 à 40 points. Ce chiffre laisse apercevoir la manière dont l’évolution de notre économie a été telle qu’elle ne sait plus aujourd’hui intégrer des jeunes non diplômés. S’agissant des étudiants « trop » diplômés, même si ce terme est employé sans être accompagné d’une définition précise, nous pouvons au moins le renvoyer au comportement avéré d’étudiants qui prolongent leurs études essentiellement pour repousser le moment de l’entrée sur le marché du travail. Ce comportement peut avoir des causes multiples. Cependant, retrouvant le thème de notre discussion, l’introduction dans les parcours de temps « hybrides » comme les stages, ne peut qu’être un facteur d’acculturation des étudiants au monde du travail, et facilité ainsi leur projection vers celui-ci. Enfin, si l’adéquation formation / métier nous semble un objectif illusoire, par contre, la question de l’orientation par l’échec, de l’interdiction de l’erreur, et donc de l’expérimentation, de la découverte forcément risquée, nous semble un point « systémique » qui lui pourrait faire l’objet d’un vrai travail de réforme. En modifiant les modes d’évaluation, en recherchant d’autres modalités de construction de l’orientation, en ouvrant les parcours à l’expérimentation, nous aiderions probablement les élèves et étudiants à ne pas penser qu’à la note et au diplôme (et avec eux leurs parents, mais aussi les recruteurs qui gardent tout de même le diplôme comme un des tous premiers critères de sélection des candidats), et qu’ils ne pensent ainsi pas forcément que l’idéal est d’avoir toujours plus (trop) de diplômes.

Conclusion

Nous nous appuierons ici sur la conclusion de cet échange faite par Nicolas LEFEVERE, Président 2010 de la JCEF, qui en substance disait que chaque génération a quelques défis collectifs à relever, et qu’il lui apparaissait que l’intégration sociale et professionnelle des jeunes lui apparaissait comme l’un de nos défis.

Il ne vous surprendra pas que nous nous retrouvions dans ce propos. Nous nous y retrouvons triplement. Premièrement en ceci que nous pensons effectivement, et cela est au cœur de notre activité, qu’il y a des défis importants en matière d’insertion professionnelle des jeunes diplômés et des jeunes en général. Deuxièmement en ceci que nous pensons aussi, et un certain nombre des notes publiées sur ce site depuis plusieurs années en attestent, que la question de l’insertion professionnelle ne peut pas être abordée sans lien avec celle de l’insertion sociale, des modes de socialisation des adolescents et jeunes adultes, et des « cultures » que cela induit. Enfin, troisièmement, nous nous retrouvons dans ce propos en ceci que, comme la JCEF, il nous semble que la société civile peut et doit contribuer à nos modes collectifs de résolution de nos défis de société. Les institutions sont essentielles, légitimes, mais nous croyons comme la JCEF, que tout un chacun, à condition de s’en donner l’exigence et les moyens, peut faire œuvre utile face à de tels défis.

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Sur le chemin de l’accompagnement à distance de la professionnalisation et de la transition professionnelle des étudiants et jeunes diplômés.

Interfaces Compétences développe depuis sa création, il y a dix ans, des démarches, outils et services d’accompagnement de la professionnalisation et de la transition professionnelle des étudiants à distance. Nous avons commencé à faire cela « sans y penser », ou plus exactement, sans penser spécifiquement les enjeux de cette relation à distance sur ces enjeux.

Considérant que dans le cadre des évolutions des universités et du marché du travail cette méthodologie pourrait être un des leviers pour renforcer significativement l’accompagnement des étudiants et jeunes diplômés, nous avons engagé un travail d’analyse de nos pratiques, de recensement et d’analyse des enjeux, et de prospection.

Un groupe de travail dédié

Pour ce faire nous avons recours à des professionnels de la formation et du tutorat à distance, qui nous accompagne dans le diagnostic de nos pratiques et dans l’analyse des enjeux. Nous nous apprêtons à élargir ce travail au sein d’un petit groupe d’étude auquel prendront part le Carrefour des Étudiants de l’université de Limoges, Madame VARGA, enseignante chercheuse en science de l’information à l’université de Lille, la Fondation Internet Nouvelle Génération. Ce groupe de travail analysera les pratiques des différents participants sur ces questions, et engagera un travail d’analyse des enjeux et de réflexion prospective. Interfaces Compétences entamera des démarches de développement expérimentales pour tester des hypothèses de travail, des idées d’accompagnements, l’articulation entre les services d’accompagnement présentiels et les accompagnements à distance, etc.

Ce groupe de travail est ouvert. Si vous souhaitez avoir plus d’information sur son fonctionnement et, ou y prendre part, merci de contacter philippe.quere@interfaces-competences.fr.

Des développements déjà en cours

Notre plateforme à destination des étudiants et jeunes diplômés (www.pass-pro.org), commence déjà à connaître quelques évolutions en lien avec ces premiers travaux. La recherche d’une plus grande personnalisation des outils et services pour les étudiants, la mise à disposition de moyens de mise en contact rapide avec des interlocuteurs dédiés pour les étudiants, une meilleure connaissance des attentes des étudiants lors de leur « entrée » dans le dispositifs avec des formulaires d’inscription ouvert à des questions, une personnalisation des mailing automatiques, sont parmi les évolutions proposées en ce début d’année universitaire 2011 – 2012.

Il en ira de même dans les prochaines semaines avec la refonte du dispositif que nous développons avec et pour l’université Paris 8 : RESO 8. Renforcement de l’articulation entre les services proposés par le SCUIO-IP et les outils et services en ligne seront notamment un des axes de développement.

Ceci nous fait penser que….

Comme nous l’évoquions (ICI) en échos à l’un des ateliers des JNU de juillet dernier, et comme cela est clairement indiqué dans les axes de travail de l’association avec les universités, nous pensons que la problématique de l’accompagnement à distance est un enjeu d’avenir, qui ne doit pas être regardé que sous l’angle quantitatif, mais avant tout sous le prisme qualitatif de la relation à proposer aux étudiants et des modalités d’accompagnements variées que cela permet d’envisager, en articulant accompagnements présentiels et distantiels, ainsi qu’en jouant sur des temporalités et des rythmes différents, dont nous évoquions très récemment (ICI) l’enjeu.

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Projet professionnel : Quel temps & quelle identité ?

Parmi les difficultés récurrentes rencontrées dans les démarches d’accompagnement des étudiants dans la construction de leur projet professionnel, et plus globalement dans l’anticipation de leur insertion professionnelle, se trouve la question de l’anticipation.

Nous avons déjà eu ailleurs l’occasion d’évoquer un certain nombre de facteurs oeuvrant à freiner toute capacité de projection, d’anticipation, relevant de la nature du marché du travail, du poids et de l’importance du diplôme dont l’obtention concentre donc toute l’énergie, etc.

Nous abordons ici cette difficulté à partir d’un tout autre point de vue, en nous plongeant dans les analyses de Fabio MERLINI, directeur de l’antenne régionale pour la Suisse italienne de l’Instituto Universario Federale per la Formazione Professionale (IUFFP), publiées dans le livre L’époque de la performance insignifiante, et dont le sous titre « Réflexions sur la vie désorientée » nous donne plus immédiatement à voir un rapport avec nos préoccupations.

Quelques éléments de lecture

Dans ce livre, l’auteur se propose de « chercher à examiner ce que peuvent être, aujourd’hui, nos identités. (Et cela) à travers un prisme qui n’est pas celui de l’existence en général, telle qu’elle devrait être, mais bien celui de l’existence en tant qu’effet d’une configuration historico-anthropologique spécifique qui finit par entrer en collision avec d’autres configurations historico-anthropologiques. Les modèles identitaires que nous avons hérité de la tradition ou de la modernité restent certainement valides. Toutefois, les valeurs à travers lesquelles ces modèles ont été édifiés entrent en conflit avec les nouvelles configurations identitaires qui sont aujourd’hui en train de se définir, à travers de nouvelles pratiques professionnelles, de nouvelles formes de consommation, de nouvelles narrations de soi.

L’existence historique qui ne se reconnaît pas dans les formes de vie dominantes est celle pour laquelle, entre les vécus quotidiens et la perception de l’identité propre – identité encore majoritairement construite à partir de narrations linéaires et progressives du soi propre – s’est insinuée une fissure. Une fissure qui empêche l’individu de s’identifier pleinement à ses propres actions.

Un tel empêchement ne doit cependant pas être imputé à la déshumanisation des actions. Celle-ci tient à leur hétérogénéité à l’égard de la forme de vie qui y est impliquée. De fait, il s’agit d’actions qui véhiculent une transformation de la forme de vie : elles parlent d’un sujet encore en devenir, et elles en anticipent le monde.

Dès lors, ce qui est communément considéré comme une absence de sens se révèle être plutôt le produit d’un décalage temporel entre des praxis qui inaugurent de nouvelles modalités de mise en œuvre du monde et des sujets qui, au beau milieu de l’action, perçoivent l’étrangeté de ce monde, au regard des coordonnées de leur identité. ».

Sur ces points, l’une de nos hypothèses sera de voir en quoi les plus jeunes adultes d’entre nous, les étudiants et jeunes diplômés, sont à la fois porteurs d’identités « nouvelles » en décalage irrémédiable avec certains rapports au temps, à soi, à l’autre, etc., que véhicules les formes institutionnelles. Cette hypothèse pourrait alors aider à questionner la manière dont les étudiants n’arrivent pas à entrer en phase avec certaines formes d’accompagnement, certaines prescriptions de comportements, qui véhiculent avec elles certaines formes d’identité et de rapport au temps qui ne sont pas les leurs.

Et l’auteur de poursuivre : « Par l’expression de « performance insignifiante », j’ai donc voulu définir le paradoxe d’une situation où l’efficacité des moyens induit des comportements qui, si excellents soient-ils du point de vue de leur fonctionnalité, ne transmettent au sujet concerné aucune perspective de destin en accord avec la perception qu’il a de sa propre identité. (…)

Dans ce que j’appelle « époque de la performance insignifiante », on trouve par conséquent une relation entre formes d’être (moyens) et formes d’existence (sujet) qui définit des styles de comportement et des figures du discours, selon une logique pour laquelle l’expérience du temps s’abrège sur le modèle de la consommation : ponctuelle, omnivore et dépourvue de linéarité. On a affaire à un repli du présent sur lui-même qui, comme j’ai cherché à le démontrer, tend à éliminer toute marge pour l’affirmation d’une dimension du sens qui ne soit pas réductible aux significations véhiculées par cette figure du présent. ».

À ce stade, ceci nous fait penser que…

La difficulté d’anticipation trouve une manifestation concrète dans son contraire, la demande d’immédiateté. En situation d’accompagnement, nous voyons de l’extérieur un parcours de formation, des enjeux d’insertion professionnelle à venir, etc. Ce faisant, nous donnons de la profondeur au temps, nous traçons des perspectives, qui ne correspondent pas à la perception de la plupart des étudiants, qui peuvent intellectuellement tout à fait comprendre et concevoir cela, mais dont le vécu, le rapport quotidien au temps, à leur temporalité, ne recouvre pas une telle dimension.

Et cette difficulté à se projeter ne doit pas être considérée comme l’apanage de la jeunesse. Peut-être des personnes plus âges ont-elles connu un temps, dans leur propre jeunesse, où la société offrait des repères, des caractéristiques, qui permettaient de s’inscrire dans un temps « historique ». Mais qu’en est-il aujourd’hui d’adultes de tous âges qui doivent affronter une séquence de repositionnement professionnel ? Nous avons pu déjà souligner la place qu’avait pris dans les dispositifs d’accompagnement au retour à l’emploi, le travail de reconstruction d’une biographie personnelle, pour retrouver une cohérence de parcours perdue, et pour aider à se projeter plutôt sur la base d’une rétrospection plutôt que sur la base d’une prospection aujourd’hui bien difficile à construire.

Des caractéristiques objectives de notre marché du travail, tout comme des éléments quotidiens de notre société (par exemples : modes de consommation, système médiatique et rapport à l’information en général), concourent à replier le temps présent sur lui-même plutôt qu’à le relier au passé et à l’avenir. Notre capacité de projection est ainsi particulièrement réduite.

Aussi, pour revenir à nos problématiques d’accompagnement des étudiants dans la construction de leur projet professionnel et dans l’anticipation de leur transition professionnelle, il n’est pas étonnant d’y retrouver cette absence de l’avenir.

Le rapport au sens de cette amputation des liens entre le passé, le présent et l’avenir, peut être apprécié différemment selon les uns et les autres. Cette évolution forte de notre « culture » peut être souhaitée, regrettée, ou ignorée. Il faut à tout le moins la prendre en considération pour entrer en contact avec la temporalité vécue des étudiants et les formes d’identités qu’elle induit.

Considérant que la question du sens, et donc de la temporalité longue de nos identités, ne peut pas être passée par pertes et profits, notre approche consiste à nous poser la question de la médiation entre une temporalité de l’immédiateté qui est aujourd’hui le « point de départ » de la rencontre avec la forme contemporaine de nos identités, et la reconstruction de perspectives vers le passé et vers l’avenir.

Ainsi nous semble-t-il nécessaire de négocier avec cette situation, en identifiant différentes manières d’apporter des réponses immédiates à certaines attentes étudiantes, tout en essayant de voir comment de l’intérieur de ces réponses il est possible de lever le voile sur une temporalité plus longue, de mettre en évidence le caractère très partiel de ces réponses pour inviter les étudiants à se projeter.

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